La psychothérapie institutionnelle

En fin de compte, la psychothérapie institutionnelle,
ça consiste d’abord et avant tout, à supprimer les quartiers d’agités,
de gâteux, les contentions, etc.

Jean Oury (Oury & Faugeras, 2012)

Ce texte est extrait du mémoire de Master 2 de psychologie clinique de Nicolas FRANCOIS, psychologue à Rueil-Malmaison 0.

La psychothérapie institutionnelle

Un mouvement français

On peut faire remonter l’origine de la psychothérapie institutionnelle jusqu’à Pinel (1745-1826), dans sa volonté de « se servir de l’hôpital comme « instrument de soins » pour les maladies mentales » (Oury, 2003, p. 822), mais c’est plus couramment au psychiatre et psychanalyste François Tosquelles (1912-1994) et à l’hôpital de Saint-Alban que l’on associe le début de ce mouvement influencé par de multiples sources. Ce qui deviendra la psychothérapie institutionnelle, en tant que mouvement, prend naissance en France après la deuxième guerre mondiale, sous l’impulsion de psychiatres soucieux du soin aux patients psychotiques. Son développement est baigné par les idées de la Résistance (Duprez, 2008) et par le constat de la mort par dénutrition et maltraitance pendant le conflit de plusieurs dizaines de milliers de patients internés en psychiatrie (Delion, 2014; Duprez, 2008). La psychothérapie institutionnelle a joué un rôle important en France, notamment dans la création de la psychiatrie de secteur (Delion, 2014), mais elle n’a été que très peu diffusée en dehors des frontières de ce pays dont elle est issue.

Le traitement psychanalytique de la psychose en institution

La clinique de la psychothérapie institutionnelle s’est formée autour du traitement psychanalytique de la psychose en institution, et en particulier de la schizophrénie (Pouillaude, 2012). Il ne s’agit pas d’une technique mais d’un mouvement, regroupant des concepts et des pratiques (Oury, 2003). La psychothérapie institutionnelle est à la croisée des chemins entre les concepts de groupe social, de psychanalyse et de psychose (Enjalbert, 2002). Inspirée notamment par les théories de Marx, de Freud et de Lacan1, et plus généralement par des réflexions sociologiques et philosophiques (Delion, 2014; Duprez, 2008; Pouillaude, 2012), la psychothérapie institutionnelle considère que les patients psychotiques subissent une double aliénation : sociale et psychopathologique. En conséquence, elle estime que pour pouvoir traiter l’aliénation psychopathologique, il faut d’abord « soigner l’institution » pour réduire l’aliénation sociale (Delion, 2014; Pouillaude, 2012).

De par ses fondations psychanalytiques, la psychothérapie institutionnelle considère que les sujets souffrant de schizophrénie ne peuvent prétendre à un transfert2 sur une seule et même personne. La clinique de la psychothérapie institutionnelle définit pour les patients psychotiques un transfert d’une autre nature, le transfert dissocié, qui se fait sur l’institution dans son ensemble (Oury, 2003; Pouillaude, 2012). La psychothérapie institutionnelle donne ainsi une place particulière à l’aspect collectif.

La place importante du collectif

D’une façon générale, il s’agit pour l’équipe soignante de « construire un dispositif de soin qui permette de réunir les fragments psychiques du sujet projetés dans le cadre de son transfert dissocié afin de reconstruire une unité de son monde interne » (Pouillaude, 2012, p. 49). La psychothérapie institutionnelle qualifie de constellation transférentielle l’ensemble formé par les personnes avec lesquelles le patient présente un transfert dissocié (Delion, 2014). Ces personnes peuvent se réunir ponctuellement pour des réunions de constellations (Delion, 2014; Oury & Faugeras, 2012).

De façon collective et en lien avec son contexte d’émergence, le mouvement de la psychothérapie institutionnelle cherche à résister à tout ce qui peut être concentrationnaire (Delion, 2014; Pouillaude, 2012), bureaucratique et empêchant la créativité (Enjalbert, 2002; Oury & Faugeras, 2012) . Ce mouvement veut transformer les établissements psychiatriques pour « recevoir des sujets en déshérence tout en les respectant quel que soit leur état pathologique » (Delion, 2014, p. 106). Dans ce cadre, il s’agit notamment de lutter contre l’inaction et l’ambiance défavorable ainsi que de responsabiliser le malade. La psychothérapie institutionnelle reconnaît une fonction thérapeutique (fonction soignante) à l’ensemble du personnel – et non aux seuls médecins – formant ainsi un collectif soignant. Dans ce contexte de critique des statuts, chacun est encouragé à s’exprimer sans réticence, à partager les responsabilités et les initiatives. La frontière est réduite entre soignants et soignés, qui peuvent se rencontrer autrement que dans leurs statuts institutionnels, en particulier par l’intermédiaire du club thérapeutique. Le club thérapeutique est une structure autogérée collectivement par l’ensemble des personnes présentes, aussi bien les malades que le personnel. Ce collectif gère les initiatives du club thérapeutique dans tous ses aspects, à la fois concrets, matériels, économiques et financiers (Oury, 2003).

Ainsi, la psychothérapie institutionnelle est un mouvement principalement français, formé par les professionnels du soin autour de la question du traitement psychanalytique de la psychose en institution. La place de l’aspect collectif y est particulièrement importante.

Références

0 Francois, N. (2015). Pour un accompagnement plus cohérent des personnes atteintes de schizophrénie (Mémoire de Master 2 de psychologie clinique). Université de Paris VIII, France.

1 Tosquelles considérait ainsi la psychanalyse et la théorie marxienne comme les « deux jambes » de la psychothérapie institutionnelle (Enjalbert, 2002; Pouillaude, 2012).

2 Le transfert désigne, en psychanalyse, « le processus par lequel les désirs inconscients s’actualisent sur certains objets dans le cadre d’un certain type de relation établi avec eux et éminemment dans le cadre de la relation analytique » (Laplanche & Pontalis, 1967, p. 492). La dissociation psychotique ne permettrait pas le transfert sur une seule et même personne, empêchant ainsi toute cure-type psychanalytique.

Bibliographie

Delion, P. (2014). La psychothérapie institutionnelle : d’où vient-elle et où va-t-elle ? Empan, 96(4), 104–112.

Duprez, M. (2008). Réhabilitation psychosociale et psychothérapie institutionnelle. L’information Psychiatrique, 84(10), 907–912.

Enjalbert, J.-M. (2002). Le groupe et la psychothérapie institutionnelle. In J. Falguière, Analyse de groupe et psychodrame (pp. 19–28). Toulouse: Erès.

Laplanche, J., & Pontalis, J.-B. (1967). Vocabulaire de la psychanalyse (Réédition de 2002). Paris: Presses universitaires de France.

Oury, J. (2003). Psychanalyse & psychiatrie et psychothérapie institutionelles. In P. Kaufmann, L’apport freudien: éléments pour une encyclopédie de la psychanalyse (pp. 822–839). Paris: Bordas.

Oury, J., & Faugeras, P. (2012). Préalables à toute clinique des psychoses. Toulouse, France: Erès.

Pouillaude, É. (2012). Schizophrénie, aliénation et psychothérapie institutionnelle. Revue de Psychothérapie Psychanalytique de Groupe, 59(2), 45–54.